Vélo en bois Gonnel : une révolution pour le cyclotourisme ?

Le vélo Gonnel « Embrun » se révèle être un compagnon intéressant pour le cyclotourisme, alliant confort, réactivité et robustesse. Un vélo qui, sans aucun doute, saura séduire les amateurs de voyages à vélo en quête d’innovation et de durabilité. Présentation…

Une découverte marquante : les cycles Gonnel

Lors de la Jean Racine, une manifestation cycliste en vallée de Chevreuse, notre attention a été attirée par un stand hors du commun : celui des cycles Gonnel. L’occasion de tester l’Embrun, un vélo en bois qui défie les préjugés et repousse les limites du cyclotourisme moderne.

Une première impression surprenante

D’emblée, l’Embrun déroute. On s’attend à un vélo lourd, peu maniable, mais la réalité est tout autre. Les sensations en selle rappellent celles d’un cadre haut de gamme en titane. Pourtant, ce gravel allie confort, réactivité et légèreté, le tout dans une esthétique qui frôle l’œuvre d’art. Un mélange parfait de technologie et de savoir-faire artisanal, qui justifie son positionnement dans le segment premium.

Ce vélo, à la fois robuste et nerveux, est le fruit d’une structure composite révolutionnaire : 80 % de matériaux d’origine végétale, principalement du frêne et des fibres de lin, associés à du carbone pour renforcer les zones stratégiques. Une combinaison qui offre une absorption exceptionnelle des vibrations, une rigidité optimale et une légèreté remarquable. Autant d’atouts pour les longs itinéraires vélo, qu’ils soient sur route ou en gravel.

Une technologie inspirée du nautisme

Les Ateliers Gonnel, jeune entreprise française fondée en 2022 à La Rochelle, ont transposé l’expertise des matériaux composites du secteur nautique vers l’univers du vélo. Portée par Benjamin Boissier, ingénieur issu de l’industrie maritime, cette start-up a su créer une nouvelle catégorie de vélos, alliant performance, durabilité et élégance.

Le cadre de l’Embrun est conçu selon une structure sandwich composite : un noyau en bois massif (frêne) encapsulé entre des peaux de fibres techniques (lin et carbone). Cette architecture, inspirée des coques de bateaux, permet de filtrer les vibrations haute fréquence tout en garantissant une rigidité latérale optimale.
Résultat : un vélo qui accompagne le geste du cycliste, réduit la fatigue musculaire et maintient un rendement élevé, même sur les longues distances.

Les atouts d’un matériau d’exception

Les avantages du composite bois-fibres sont nombreux :

  • Confort inégalé : le bois agit comme un amortisseur naturel, dissipant les vibrations pour un confort optimal, même sur les terrains accidentés.
  • Réactivité et rigidité : les fibres de carbone, orientées avec précision, assurent une transmission efficace de la puissance.
  • Silence de fonctionnement : fini les bruits parasites des cadres traditionnels.
  • Esthétique unique : chaque cadre, façonné à la main, numéroté, est une pièce d’art personnalisable.

La fabrication repose sur des technologies de pointe :

  • Stratification sous vide pour une compaction homogène.
  • Usinage numérique piloté par des modèles 3D.
  • Surmoulage des inserts en carbone forgé pour une cohésion parfaite.
  • Moulage de la structure sandwich pour produire un cadre monobloc.

Notre prise en main

Notre essai, bien que limité à une heure dans les sentiers autour de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, a confirmé les promesses de Gonnel. L’Embrun se révèle être un compagnon idéal pour le cyclotourisme, alliant confort, réactivité et robustesse. Un vélo qui, sans aucun doute, saura séduire les amateurs de voyages à vélo en quête d’innovation et de durabilité.

Le prix du vélo Embrun ? À partir de 5 449 €, ce qui, pour une œuvre d’art, n’est pas si cher ?

Rencontre avec Benjamin Boissier, créateur des Ateliers Gonnel

Inspiration et transposition des technologies nautiques

Nous saluons votre approche révolutionnaire alliant bois et fibres composites. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a inspiré à transposer les technologies du nautisme vers la conception de vélos, et comment cette idée a vu le jour ?

L’idée est née d’un constat simple : le nautisme utilise depuis longtemps des structures composites extrêmement performantes, capables d’allier légèreté, rigidité et résistance dans des environnements particulièrement exigeants. À La Rochelle, où le savoir-faire nautique est omniprésent, nous nous sommes demandé pourquoi ces technologies n’avaient jamais été adaptées de manière aboutie au monde du cycle.

Avec mes associés, nous avons imaginé une architecture qui associe un noyau en bois à des fibres techniques. Le bois n’est pas utilisé pour son esthétique, mais comme un véritable matériau d’ingénierie. Il apporte des qualités mécaniques naturelles exceptionnelles, notamment pour filtrer les vibrations.

Nous avons ensuite développé un procédé de fabrication breveté qui permet de faire travailler ensemble le bois et les matériaux composites au sein d’une structure monobloc. Notre ambition n’était pas de réinventer le vélo, mais de proposer une nouvelle manière de concevoir un cadre haute performance, plus confortable, plus durable et utilisant davantage de matériaux biosourcés.

Défis techniques et adaptation au cyclotourisme

Vos cadres en bois et fibres de lin offrent une absorption exceptionnelle des vibrations tout en garantissant rigidité et légèreté. Quels défis techniques avez-vous dus surmonter pour concilier ces propriétés, et en quoi cette combinaison est-elle particulièrement adaptée au cyclotourisme et aux longs voyages à vélo ?

Le principal défi était d’obtenir des propriétés qui paraissent contradictoires : un vélo suffisamment rigide pour transmettre efficacement la puissance du cycliste, tout en étant capable d’absorber les vibrations générées par la route ou les chemins.

Pour y parvenir, nous avons développé une architecture multicouche où chaque matériau remplit une fonction précise. Les fibres de carbone assurent la rigidité et la précision du pilotage, les fibres de lin participent à l’amortissement des hautes fréquences, et le bois agit comme un véritable filtre naturel des vibrations tout en conservant une excellente résistance mécanique.

Le résultat est un vélo particulièrement agréable sur la durée. Après plusieurs heures de selle, le cycliste ressent moins de fatigue musculaire et articulaire, ce qui constitue un avantage majeur en cyclotourisme, en gravel ou lors de voyages au long cours. Cette capacité à réduire la fatigue sans compromettre les performances est probablement l’une des signatures les plus marquantes de nos cadres.

Processus de fabrication et personnalisation

Chaque vélo Gonnel est façonné à la main dans vos ateliers de La Rochelle. Pouvez-vous nous décrire le processus de fabrication, de la sélection des matériaux à l’assemblage final, et comment vous garantissez une durabilité et une personnalisation uniques pour chaque modèle ?

Chaque cadre est entièrement fabriqué dans notre atelier de La Rochelle. Tout commence par la sélection des essences de bois (français) en fonction de leurs propriétés mécaniques. Après avoir déligné ce bois en épaisseur de 4 mm, on vient le lier sous vide à la fibre composite. Ensuite viennent les opérations d’usinage numérique, qui nous permettent de récupérer une quinzaine de pièces calibrées au 10e de millimètre.

Les différentes couches de matériaux sont ensuite assemblées selon notre procédé breveté, mises en forme dans des moules spécifiques afin d’obtenir un cadre monobloc, sans discontinuité structurelle.

Chaque cadre est ensuite repris manuellement : ponçage, glaçage, ponçage de nouveau, teinte, gravure, vernissage, contrôles qualité et montage. Cette fabrication semi-artisanale nous permet de personnaliser chaque vélo selon les attentes de son propriétaire : composants, peinture, gravures, bagagerie. C’est également un gage de durabilité. Un cadre Gonnel est conçu pour accompagner son propriétaire pendant de nombreuses années, avec une construction robuste, des matériaux de qualité et une configuration spécifique à la pratique du client.

Texte : Jean-Pierre Giorgi – Photos : Atelier Gonnel