Publié le 19 août 2026
À 18 ans, en découvrant le voyage à vélo en autonomie, Malo Lourdelle ajoute une ligne à son expérience accumulée depuis l’âge de 12 ans dans deux Écoles françaises de vélo. Voici son récit, entre défis sportifs, solitude et leçons de vie.
Qui suis-je ?
Je m’appelle Malo Lourdelle et j’ai 18 ans. J’ai commencé le VTT à l’âge de 12 ans au club de Saint-Georges-sur-Eure, où je suis resté 4 ans. Pendant cette période, j’ai participé à tous les critériums du Jeune cyclotouriste. Par la suite, j’ai rejoint le Club des randonneurs Brezolliens, un peu plus loin de chez moi, mais avec beaucoup plus de jeunes, ce qui m’intéressait énormément. Je suis devenu initiateur au sein du club.
La préparation : un Gravel et l’appel de l’aventure
Le choix du vélo
En septembre 2025, alors que l’été touchait à sa fin, j’ai décidé de m’offrir un Gravel. J’avais apprécié la route, mais ne voulant pas me priver d’explorer les chemins, j’ai opté pour ce type de vélo, polyvalent et adapté au Bike Packing. J’ai choisi un modèle de la marque Origine, personnalisé avec une couleur unique : un violet brillant. Après six semaines d’attente, le vélo est enfin arrivé.
Fin octobre, début novembre, je l’ai déballé, testé, et ce fut un vrai changement par rapport au VTT. Mon objectif ? Acheter tout le nécessaire pour partir en vacances en avril 2026 jusqu’au Mont-Saint-Michel, en suivant le parcours de la Véloscénie.
L’équipement indispensable
J’ai économisé pour m’offrir :
- Une tente,
- Des sacoches,
- Un duvet,
- Un matelas.
Un vrai budget, mais qui sera rentabilisé sur le long terme.
Les hébergements : Warmshowers
J’ai contacté des personnes via l’application « Warmshowers », principalement utilisée par des cyclistes. Ils proposent leur douche, une chambre, et parfois même un repas. J’ai prévu un voyage de quatre jours, soit trois nuits :
- Première étape : Courville-sur-Eure aux Aulneaux, à 10 km de mon itinéraire, où se trouve Angèle Amiot, ma copine.
- Deuxième nuit : Pré-en-Pail, à environ 60 km des Aulneaux.
- Dernière nuit : Mortain, à 80 km de Pré-en-Pail.
Le dernier jour, il me resterait 40 km pour atteindre le Mont Saint-Michel.
Le récit de mon aventure : 4 jours, 4 étapes
Mardi 21 avril 2026 : Départ vers l’inconnu
Après avoir réservé les deux Warmshowers, préparé toutes mes affaires et pris mon train pour le retour, c’est le grand jour. Je roule sans encombre jusqu’à Nogent-le-Rotrou, puis le terrain commence à se faire plus vallonné. Je traverse Mortagne-au-Perche, une ville charmante. Je m’arrête au magasin pour acheter de l’apéro et préparer un bon repas avec Angèle.
J’arrive aux Aulneaux, première étape terminée. Je ne repartirai que demain vers 13h pour la deuxième étape, plutôt courte, et arriver à 18h à Pré-en-Pail. Je prends ma douche, aide ma copine, on prend l’apéro, on mange des pâtes au pesto, on regarde un film et on va dormir.
Je profite de cette étape pour remercier chaleureusement mon maître de stage pour son accueil et sa gentillesse.
Mercredi 22 avril 2026 : L’itinéraire sportif et une rencontre chaleureuse
Je prends le départ à 14h avec pour objectif Pré-en-Pail, à 60 km. Ma première halte est Alençon, une ville dotée d’un centre-ville charmant. À la sortie d’Alençon, j’ai le choix entre deux itinéraires : le plus simple ou l’itinéraire sportif passant par Carouge. Je choisis ce dernier, anticipant quelques montées. Cependant, il s’avère beaucoup plus vallonné que prévu.
À 10 km de mon hébergement Warmshowers, les propriétaires me disent qu’ils vont faire un tour de vélo avec leur enfant et que je peux m’installer dans le jardin en attendant leur retour. J’arrive finalement à 18h00. Je monte ma tente et range tout mon équipement pour la nuit.
Un peu plus tard, je rencontre ce couple qui m’accueille avec un enfant très gentil. On discute, on prend l’apéro avec du Kombucha, une boisson fermentée légèrement acide, d’origine chinoise. On mange un DAL, un repas très bon et riche en nutriments, réputé pour tenir au corps des sportifs. Après ce bon repas, je vais me coucher pour être en forme le lendemain.
Jeudi 23 avril 2026 : Un coup de blues et une décision audacieuse
Je prends le départ à 9h pour cette étape en direction de Mortain. Après 10 km, je réalise que je n’apprécie pas du tout d’être seul tout le temps. Par rapport à la première fois où j’avais fait la Véloscénie, il n’y a personne sur les routes en raison de la période.
Je me demande si je ne peux pas réunir les deux étapes en une journée et rentrer plus tôt à Courville-sur-Eure. Je trouve un train pour vendredi, j’annule mon billet initial et je réserve. J’informe le Warmshower que je modifiais mon itinéraire.
Je continue à rouler pour arriver au Mont-Saint-Michel. Mon objectif était d’arriver à Mortain à midi après avoir parcouru 80 km et de déjeuner aux cascades, dans un cadre magnifique. J’y arrive finalement à 14h, les jambes lourdes et l’envie de rentrer. Malgré cela, je profite d’un bon repas dans ce beau cadre. Je fais une sieste et je repars. Il me reste 60 km à parcourir.
Alors qu’il ne me reste que 20 km, j’aperçois la silhouette du Mont Saint-Michel. Je suis ravi et me dis : « C’est bon, on est arrivé ! ». J’ai atteint ce magnifique monument, je prends des photos et me dirige vers le camping pour chercher à manger et me reposer après cette dure journée de 140 km.
Un voyage à vélo qui rend l’avenir plus beau
Cette aventure jusqu’au Mont Saint-Michel marque à la fois un accomplissement sportif et une véritable leçon de vie. Elle m’a permis de repousser mes limites, de découvrir mes forces mais aussi mes faiblesses, notamment face à la solitude et à la fatigue.
Chaque coup de pédale, chaque montée et chaque étape franchie m’ont rappelé que la persévérance est essentielle pour transformer un objectif en réalité.
Plus qu’un simple voyage à vélo, cette expérience m’a donné confiance en mes capacités et renforcé mon goût pour l’aventure. Atteindre le Mont Saint-Michel après ces journées intenses restera pour moi un souvenir inoubliable, gravé comme la première grande épopée de ma vie de cycliste autonome.
Qu’est-ce que la Véloscénie ?
La Véloscénie est un itinéraire balisé de 450 km entre Paris et le Mont-Saint-Michel. Elle traverse :
- Cinq monuments inscrits au patrimoine de l’UNESCO,
- Des pistes aménagées, des voies vertes, de petites routes balisées et des chemins forestiers.
En cours de route, vous pourrez découvrir :
- Le Château de Versailles,
- Le Château de Maintenon,
- La Cathédrale de Chartres,
- Les Thermes de Bagnoles de l’Orne,
- La Dentelle d’Alençon.
Cet itinéraire vous emmène au cœur de la vallée de Chevreuse, du Perche et du bocage Normand.
Auto-portrait de l’auteur
En 2024, j’ai suivi la formation pour devenir Jeune Éducateur Fédéral en vue d’encadrer les plus jeunes et de continuer à m’investir après mes 18 ans. En 2025, j’ai tenté ma première participation aux critériums en vélo de route. Pour ma dernière année, j’étais déterminé à donner le meilleur de moi-même. Ne possédant pas mon propre vélo, mon père, Marc Lourdelle, a pu en emprunter un à un ami.
Le 31 mai 2025, les résultats sont tombés : je suis devenu Champion de France dans la catégorie Juniors.
Mes conseils pour un voyage à vélo en autonomie
1. Préparez-vous mentalement à la solitude
Rouler seul sur de longues distances peut vite devenir pesant. Alternez musique, podcasts et pauses régulières pour éviter la lassitude.
2. Ne sous-estimez pas l’importance de la compagnie
Même si l’aventure en solo est enrichissante, partager le trajet rend l’expérience plus agréable. À deux, on peut se motiver, rire, discuter… ou simplement pédaler en silence ensemble.
3. Planifiez vos étapes avec réalisme
Évitez de partir trop tard pour ne pas finir épuisé. Prévoyez des distances adaptées à vos capacités et au terrain.
4. Choisissez un équipement fiable et confortable
Un vélo bien adapté à votre pratique est essentiel pour éviter les douleurs. Sacoches, tente, duvet : chaque détail compte pour voyager sereinement.
5. Soyez flexible et à l’écoute de vos envies
N’hésitez pas à modifier votre programme si la fatigue ou la solitude deviennent trop lourdes. L’important est de profiter de l’expérience et d’arriver à destination avec plaisir.
Une expérience inoubliable et inspirante
Cette deuxième épopée restera gravée comme le point de départ d’une longue série d’aventures à vélo, où je continuerai à explorer, à progresser et à profiter de chaque instant sur deux roues. Plus qu’un simple voyage, ce fut une leçon de vie et une source d’inspiration pour mes prochaines escapades.
Cette année, mon objectif est d’aider mon club, Les Randonneurs Brezolliens, à organiser le Trait d’Union 2026 et de le vivre en tant qu’encadrant, et non plus comme jeune participant.
Texte : Malo Lourdelle, jeune initiateur du club Les Randonneurs Brezolliens (Centre Val de Loire) – Photos : Malo Lourdelle et Georges Golse