Christophe a vécu « une rencontre » avec le Paris-Brest-Paris
Plongez dans l’univers captivant du Paris-Brest-Paris à travers les récits authentiques de cyclistes passionnés. Aujourd’hui, nous avons l’honneur d’accueillir Christophe Lenoir, un homme de 47 ans résidant à Rueil Malmaison en région parisienne.
Dans cette série de portraits, nous mettons en lumière les hommes et les femmes qui ont relevé le défi du Paris-Brest-Paris et qui partagent avec nous leurs expériences inoubliables. Pour Christophe, le Paris-Brest-Paris n’était pas seulement une épreuve cycliste, mais une aventure qui a transcendé toutes ses attentes. « C’est incroyable, je ne m’attendais pas du tout à cela ! », confie-t-il en évoquant sa première participation à cet événement mythique. Mais avant de plonger dans les détails de cette aventure, il est crucial de comprendre l’arrière-plan de Christophe. Avant de devenir un passionné de longue distance à vélo, Christophe était un adepte de la course à pied, accumulant de nombreux marathons et trails à son actif. Cette expérience préalable dans le monde de la course à pied lui a offert un point de comparaison unique entre les ravitaillements et les bases de vie des deux univers.
Le Paris-Brest-Paris est bien plus qu’une simple épreuve sportive. Il incarne une série de rencontres mémorables et de découvertes profondes. Christophe nous offre un aperçu précieux de son expérience, de ses émotions et des rencontres qui ont jalonné son parcours. Alors, sans plus tarder, plongeons dans les récits captivants de Christophe Lenoir.
1ère Partie : Tonnerre de Brest
Comment résumer ce chantier ? Paris-Brest-Paris, c’est 1200 kilomètres à parcourir en moins de 90h. Parlons tout d’abord du parcours : il est à chier ! Une randonnée, ça m’évoque une balade sur les petites routes de campagne de la belle France, mais là … pas du tout … Le choix a été fait (pour des raisons de sécurité) de passer la plupart du temps par des grands axes routiers, ce qui est bien dommage et, à mon sens, plutôt dangereux. Pour mes sorties vélo, j’adore passer du temps à réaliser des itinéraires qui évitent ce genre de route, et trouver de beaux paysages ou un intérêt touristique…c’est ce qui explique mon ressenti exagérément négatif.
Mais pour tous les étrangers qui refont le PBP pour la Xème fois, ce n’est pas le parcours qui compte mais cette ambiance incroyable…
Incroyable, c’est le mot ! Je ne m’attendais pas du tout à cela. Si le PBP ne montre pas le plus beau visage de la France, il affiche le plus beau sourire des Français. Les bénévoles de la course sont aux petits oignons et les gens au bord de la route sont formidables de bienveillance. Des spectateurs de tous âges nous applaudissent dans les villes traversées et parfois au beau milieu de nulle part en pleine nuit… Des ravitos hors course offerts de bons cœurs sont distribués tout au long du parcours et à toute heure, que ce soit pour de l’eau, un café, une part de cake ou un gâteau fait maison. Combien de fois, je me suis dit les gens sont fous ! Les gens sont chou … justes incroyables.
Parlons un peu de vélo…
Moi qui étais un cycliste plutôt solitaire, après ces années de préparation pour les longues distances, je m’aperçois finalement que j’aime avoir de la compagnie !. Même si on me l’a répété : « sur le PBP tu ne seras jamais seul » il est difficile de trouver les personnes avec qui bien rouler sans se poser trop de questions.
Je pars avec mon ami Sameh dans la vague G au milieu de cyclistes japonais et indiens venus en nombre. Je n’avais pas conscience de l’aura de cette randonnée dans le monde. Le petit français que je suis, se sent perdu au milieu de cette foule internationale…
Après 3h d’attente, et sous l’euphorie de l’évènement, nous partons sur les chapeaux de roues et certainement un peu trop vite, au fil des groupes qui se font et se défont… Vers 3h du matin, après presque 8h de vélo non-stop, nous nous arrêtons à la buvette du Ribay pour prendre un café. À ce moment-là, j’ai un gros coup de fatigue, je n’ai plus envie de remonter sur mon vélo… Sameh décide de continuer de rouler et moi je pars faire un somme dans des algécos aménagés en dortoir avec des transats de jardin (oui, les gens proposent aussi des couchages … Formidables je vous dis).
Après 2h de sommeil peu réparateur (c’est pas facile de dormir près une tireuse à bière…), je repars et finis par retrouver Sameh puis mon ami brésilien Fernando. On roule ensemble, se perd puis se retrouve sur près de 300 km jusqu’à Carhaix, dernière étape avant Brest ! Il est 20h30, plus que 90 km pour finir la première moitié du parcours mais je ne peux plus suivre… Le rythme de mes compagnons est trop élevé pour moi à ce moment-là, ils décident de continuer et je reste pour passer une courte nuit dans le dortoir.
Là encore, le sommeil est compliqué !
La chaleur est suffocante dans le gymnase aménagé pour accueillir les cyclistes exténués…Les lits de camps craquent à chaque mouvement, ça ronfle, ça pue l’effort long… 2h30 du mat, réveil et en route pour Brest ! Je retrouve beaucoup d’Indiens de ma vague G, ça me rassure un peu … La nuit est froide et très humide, « It’s fucking cold ! » qu’ils me disent… La pause m’a fait du bien, je saute de groupes en groupes et j’arrive enfin à bout des innombrables côtes de ce parcours breton. À force de monter/descendre, j’ai l’impression que Brest se trouve en haut d’une énorme montagne ! J’arrive vers 7h30 à la moitié du chemin, le temps de tamponner le carnet de voyage, et je repars à la recherche d’une boulangerie pour me taper un bon p’tit kouign amann !! (on n’est pas venu jusqu’ici pour rien !). Après plusieurs arrêts, je trouve le fameux gâteau et me pose face à la mer pour engloutir mon shoot de calories.
Au même endroit, se trouve un duo de cyclistes qui eux aussi s’adonnent à ce plaisir breton. Nous repartons ensemble, pour ne plus nous quitter jusqu’à Rambouillet. Déjà 604 km parcourus en 38 heures…
2ème Partie : Maeva and the ChristopheS
Pendant toute la première partie du parcours, je n’ai jamais réussi à rester dans un groupe stable… Certes, je n’ai jamais été seul, j’ai roulé un temps avec mes amis, j’ai tapé la discute avec des Japonais, des Indiens, pris des relais avec des Italiens, des Espagnols, des Anglais, des Américains… Mais pas moyen de s’accorder sur la distance. Là, avec cette jeune helvète sur sa belle randonneuse multicolore et ce grand bonhomme aux allures de coach sportif, ça roule très bien !
Nos rythmes sont similaires et l’ambiance est joviale… On discute, on fait connaissance…
Maeva roule sur un vélo du concours des machines, elle est pimpante et très remarquée; Christophe, lui s’appelle Christophe 😊, il a des autocollants de grandes randos sur son vélo, 2 enfants du même âge que les miens, il a la voix de mon ami Constant et le physique de mon ami Ghislain… On s’entend bien… Les kilomètres défilent et le retour vers la capitale semble plus facile. Après 260 km de vélos dans la journée et 867 km au total, nous arrivons au point de contrôle de Tinténiac à 23h45 …Il reste… juste 60 km jusqu’au prochain point de contrôle, mais je commence à fatiguer. On hésite à repartir mais on y va …60 kilomètres… Ce n’est rien !
En route dans la nuit noire, la nuit noire et obscure, obscure et sombre, je me cogne contre un mur de fatigue. Du mal à avancer, je me recroqueville sur moi-même… À 1h30 du mat au milieu de nulle part, un groupe de jeunes sur le bord de la route nous remotive avec de la musique à fond, hourras et corne de brume (incroyable je vous disais…), ça nous rebooste un peu mais l’énergie retombe vite. C’est le moment des questions débiles !! Christophe et Maeva chantent et me saoulent de questions pour rester éveillés : » tu écoutes quoi comme musique ? Tu n’aimes pas chanter ? Dans le gruyère il y a des trous ? S’il y a plus de gruyère, il a plus de trous donc moins de gruyère … Non ? » À ce moment-là, je ne suis pas très bavard, limite grognon… Je n’en peux plus et je sens un problème mécanique qui pointe le bout de son nez (il y a du jeu dans le pédalier !)…
Un peu plus loin nous rattrapons un brésilien qui titube, allant de gauche à droite de la route, la tête basse. On essaie de parler avec lui mais il n’arrive pas à traduire son brésilien en anglais….Plus de tête, plus de son, plus d’image. Moi j’évite de fermer les yeux par peur de pas les rouvrir. Les hallucinations commencent à arriver … Je vois un masque de plongée sur le casque de Maeva…
Bon an, mal an, nous arrivons enfin à Fougères vers 4h du matin (finalement, 60 km, ce n’est pas rien quand on est exténué …). Nous partons directement faire la queue pour entrer dans le dortoir. Encore une très mauvaise nuit de sommeil à me retourner sur des tatamis de judo durs comme du bois avec des couvertures de survie qui font un bruit infernal ! 8h du mat, un tour chez les mécanos pour resserrer mon pédalier et c’est parti pour la dernière ligne droite d’un peu moins de 300 km. Durant la matinée, nous sommes rejoints par un cycliste au jersey savoyard, dont le visage m’est familier. On papote, le courant passe bien et je me souviens d’avoir roulé avec lui sur le BRM 400 du centenaire. Maeva est ravie d’accueillir un nouveau Christophe au sein du groupe ! Improbable mais vrai. Avec ce renfort, le petit groupe de 4 est encore mieux organisé et on gère bien les difficultés pour arriver en fin de journée à Mortagne au Perche (1099 km). Une dernière collation avec la famille de Maeva et on s’élance sur les 120 derniers kilomètres.
Les corps commencent à bien souffrir et la peau des fesses à bien rougir… À chaque arrêt, c’est de plus en plus difficile de se rasseoir sur la selle (le monde entier est un cactus…) mais nous sommes remontés comme jamais pour terminer. Encore quelques côtes pour sortir du Perche et c’est la longue descente de 50 km jusqu’à Dreux.
Les routes sont belles ici, un vrai billard !
Christophe est en feu et se transforme en locomotive d’un train infernal… Nous prenons tour à tour des relais bien appuyés ce qui nous fait rattraper de nombreux cyclos. Certains d’entre eux semblent être dans le dur et le souffle de notre passage leur file un sacré coup au moral : « ce n’est pas possible ! ». Les douleurs s’intensifient, il est temps d’arriver… Christophe a très mal au tendon d’Achille, Maeva passe son temps en danseuse et ne peut presque plus s’asseoir … Pour moi aussi c’est difficile; chaque relief de la route est une torture pour mon derrière. Le point de contrôle de Dreux est visité en un éclair, le temps de pointer et manger un bout de pizza. On s’élance doucement sur les derniers 45 km tout en serrant les dents.
15, 10, 5 km avant la fin…
Les visages sont fermés jusqu’à voir les grilles du château de Rambouillet ! Le contrat est plus que rempli en arrivant moins de 80 heures après le départ. On s’aligne côte à côte, coudes serrés pour descendre vers la ligne d’arrivée et en finir avec cette randonnée… Mythique !
Tous mes remerciements à…
Un grand merci à ma petite femme qui a organisé un groupe WhatsApp pour que mes enfants, ma famille et nos amis puissent m’encourager. J’ai essayé de vous retranscrire comme je peux mon aventure. Vous m’avez été d’un grand réconfort moral ! Merci infiniment !
Merci aux vétérans des PBP pour leurs conseils avisés. David, Pierre-Antoine et Loic, … respect pour y être retourné !
Merci à mes compagnons de route à l’aller, Sameh et Fernando.
Cœur avec les doigts pour Maeva et sa famille, Christophe et surtout Christophe…. À dans 4 ans !