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Notre sélection de plages sauvages en Bretagne à parcourir en Bikepacking

Entre le Mont-Saint-Michel et Brest, la côte bretonne déroule près de 750 km de sentiers des douaniers, d’estuaires et de plages sauvages qui comptent parmi les plus belles d’Europe. Présentation…

Cet été, ma femme et moi avons parcouru la Bretagne à vélo, au rythme des marées et des soleils couchants. Voici les douze plages et rivages qui ont marqué notre voyage et qui pourraient bien vous donner envie de partir à votre tour.

En Bretagne, pas de plages privées, pas de transats alignés : en ces terres, c’est le royaume du cyclotouriste authentique. Les voies vertes et routes du littoral se faufilent entre lande, pierres grises et océan, et chaque baie cache sa plage secrète. Notre itinéraire nous a menés de la baie du Mont Saint-Michel jusqu’à la pointe bretonne, avec une règle d’or : dès que l’océan s’ouvre, on pose le vélo et on met les pieds dans le sable. Voici nos coups de cœur, dans l’ordre du voyage.

Plage du Guesclin et son île mystérieuse, celle de Léo Ferré

Première escale marquante après le Mont-Saint-Michel : la plage du Guesclin, à Saint-Coulomb, face au fort du même nom qui veille sur la baie depuis son îlot rocheux. À marée basse, le sable s’étire à l’infini et l’on peut rejoindre le fort à pied. C’est aussi ici que se trouve la fameuse île du Guesclin, un écrin de green et de granit où le poète-anarchiste Léo Ferré a vécu et écrit pendant plusieurs années.

La plage du Guesclin et le fort dans la brume du matin
La plage du Guesclin et le fort dans la brume du matin

Saint-Suliac, un village breton que seuls les Bretons connaissent

Niché dans un repli de la Rance, à quelques kilomètres de Saint-Malo, Saint-Suliac est l’un des « Plus Beaux Villages de France » — et pourtant, il reste confidentiel. Sa petite plage de sable, encadrée de maisons de pêcheurs en pierre, se découvre par les chemins qui surplombent l’estuaire. Pour la plus belle vue, montez jusqu’à l’Oratoire de Grainfollet, perchée sur sa butte : la plage et le village se déploient en contrebas, comme une carte postale du XIXe siècle. Un arrêt à vélo qui vaut tous les délais du monde.

Vue de la plage depuis l'Oratoire de Grainfollet sur Saint-Suliac
Vue de la plage depuis l’Oratoire de Grainfollet sur Saint-Suliac

Saint-Lunaire et la pointe du Décollé

Entre Dinard et Saint-Briac, Saint-Lunaire aligne ses plages élégantes face à l’archipel des îles Rioult et l’île Harbour. Mais notre moment préféré reste la pointe du Décollé, accessible par le sentier des douaniers (GR34) : vent plein visage, falaises ocres, et une vue imprenable sur toute la côte d’Émeraude jusqu’au cap Fréhel par temps clair. Une côte d’Émeraude qui mérite bien son nom — l’eau y prend des reflets turquoise dignes du sud — à condition d’oser y plonger, l’eau reste tonique !

Pointe du Décollé à Saint-Lunaire
Pointe du Décollé à Saint-Lunaire

Plévenon, la plus sauvage : un air d’Irlande

Cap sur le cap Fréhel, ses falaises de grès rose battues par la houle, son phare monumental et ses landes où le vent n’en fait qu’à sa tête. Ici, la plage de Plévenon n’a rien d’un carte postale sage : c’est la Bretagne dans toute sa sauvagerie, un air d’Irlande ou d’ailleurs, comme on dit ici. Amas rocheux, vagues déferlantes, goélands en lévitation… Pour le cyclotouriste en quête de grands espaces, c’est l’étape de la plénitude. Prévoyez une coupe-vent, même en août.

La plage de Plévenon et le phare du cap Fréhel
La plage de Plévenon et le phare du cap Fréhel

Bréhat et sa plage du Guerzido

L’île de Bréhat, que l’on surnomme l’île aux fleurs, se visite à pied ou à vélos. La traversée en bateau ne prend que dix minutes, et l’on découvre un monde à part, aux allures méditerranéennes grâce à ses végétations exotiques. Impossible de manquer sa plage la plus célèbre : le Guerzido, sur la côte nord de l’île. Une anse de galets à l’eau limpide, dominée par des rochers de porphyre rouge. Le spot préféré des Bréhatins, et le nôtre aussi.

La plage du Guerzido et ses rochers rouges
La plage du Guerzido et ses rochers rouges

Perros-Guirec et ses galets roses

Voici la Côte de Granit Rose, l’un des sites géologiques les plus spectaculaires d’Europe. À Perros-Guirec, les plages ne sont pas de sable mais de galets — des galets roses, uniques, polis par des millions d’années de mer. La plage de Trestrignel et celle de Trestraou s’étirent sous un ciel immense, et le sentier des douaniers vers Ploumanac’h vous fera passer devant les chaos rocheux les plus sculpturaux : le caillou, la tortue, le chapeau de Napoléon… Une étape à vivre absolument à vélo ou à pied, au plus près de la pierre magique.

Galets roses de Trestrignel à Perros-Guirec
Galets roses de Trestrignel à Perros-Guirec

Saint-Pol-de-Léon et ses eaux cristallines

Dans le Léon, on longe des plages presque trop belles pour être vraies. À Saint-Pol-de-Léon, ville aux deux cathédrales, la côte déroule une succession de plages de sable fin où l’eau, abritée et peu profonde, prend des teintes cristallines dignes des tropiques. On roule sur la voie du littoral, d’une baie à l’autre, avec l’envie permanente de plonger. Un pur bonheur de cyclotourisme, sur des routes douces et ombragées.

Les eaux cristallines le long de Saint-Pol-de-Léon
Les eaux cristallines le long de Saint-Pol-de-Léon

Le Pouldu à Santec et son sable blanc

Non, vous n’êtes pas aux Maldives : vous êtes à Santec, à quelques coups de pédale de Roscoff. Le Pouldu y offre une immense plage de sable blanc d’une finesse rare, ourlée de dunes et face à l’île de Sieck. D’une blancheur éclatante sous le soleil, l’eau y est d’une clarté désarmante. Un lieu encore préservé, où l’on comprend pourquoi la Bretagne nord a inspiré tant de peintres.

Le phare de Pontusval depuis la plage de Brignogan
Le phare de Pontusval depuis la plage de Brignogan

Plounéour-Brignogan-plages et le phare de Pontusval

Sur la côte des Abers, la plage de Plounéour-Brignogan-plages étire son sable blond sous le regard amusé du phare de Pontusval, dressé sur la pointe de Beg Pol. L’une des plus belles cartes postales du nord-Finistère : une tour de pierre blanche posée sur un chaos de rochers, entourée d’ajoncs dorés. À marée basse, on peut rejoindre le phare à travers les rochers — une balade à faire à pied, vélo posé contre une pierre chaude.

Le phare de Pontusval depuis la plage de Brignogan
Le sable blanc de la plage du Pouldu à Santec

Landéda et sa plage des Anges, une immensité presque déserte

Imaginez : plein mois d’août, une plage immense et quasiment déserte. C’est la promesse tenue de la plage des Anges, à Landéda, un sable qui s’étire à perte de vue entre l’aber Benoit et le château de l’île de Sainte-Marguerite. Ici, on dépose sa serviette où l’on veut, on n’entend que le vent, la mer et les oiseaux. La preuve que la Bretagne sait garder ses secrets, même en haute saison.

La plage des Anges à Landéda
La plage des Anges à Landéda, déserte en août

Saint-Pabu, une crique au cœur de l’aber Benoit

L’aber Benoit, c’est l’un de ces fjords bretons qui s’enfoncent dans la terre, un labyrinthe de criques, de marais et de bois d’essences rares. À Saint-Pabu, une petite crique permet de se baigner dans une eau calme et tiède, presque lacustre — un régal après une journée de vélo. Les rives de l’aber se découvrent par de petites routes tranquilles, parmi les ostréiculteurs et les hérons : un des plus beaux cyclotourismes de notre voyage.

La crique de Saint-Pabu dans l’aber Benoit

Castel Meur à Plougrescant : la maison du gouffre

Ce n’est pas une plage, mais elle s’observe depuis le bord de mer : la maison du gouffre de Plougrescant, à Castel Meur, posée entre deux rochers comme un vaisseau échoué face aux éléments. Sans doute la maison la plus célèbre de Bretagne, photographiée des millions de fois, et pourtant toujours aussi improbable quand on la découvre du sentier des douaniers. Construite pour résister aux tempêtes, elle est le symbole du caractère breton : solide, têtue, et magnifiquement ancrée.

Maison du gouffre - Bretagne
La maison du gouffre à Castel Meur

Et vous, quand partez-vous ?

750 kilomètres de côte sauvage, des galets roses aux plages de sable blanc, des phares et des goémons, le tout à la vitesse idéale : celle du vélo. Cette Bretagne-là, se visite à la force des mollets, une plage après l’autre. Alors, poussez sur vos pédales et prenez la direction du Mont Saint-Michel ou de Brest, et laissez-vous porter par la marée.

Petite précision. Cet article a été écrit par un Marseillais d’origine habitué aux calanques et autres plages de Corse et qui n’imaginait pas trouver une telle beauté en Bretagne. Refermons la parenthèse.

Texte et photos : Jean-Pierre Giorgi