Hannibal Rider : 2 500 kilomètres pour devenir soi-même

La Hannibal Rider c’est une épreuve longue distance de 2 500 km, 50 cols, 40 000 m de dénivelé : à partir de Pavilly en Seine-Maritime, ils ont traversé les Alpes pour revenir au point de départ.

Neuf cyclotouristes ont quitté Pavilly, le 11 juillet 2026, pour affronter 2 500 kilomètres, près de 40 000 mètres de dénivelé positif et une cinquantaine de cols.

Partis de Pavilly en Seine-Maritime, devant eux : la Normandie, le contournement ouest de la région parisienne, la Bourgogne, le Jura, les Alpes, les pistes italiennes, le Vercors, la Loire et, enfin, le retour vers la Normandie. Derrière eux : les bénévoles de l’Amicale Cyclotouriste Pavillaise, attentifs à chaque positionnement de leur balise GPS, à chaque imprévu et à chaque arrivée.

Six participants sont allés au bout de cette troisième édition de l’Hannibal Rider. Mais tous ont contribué à écrire une belle page de l’histoire cyclotouristique, où se mêlent autonomie, prudence, solidarité et émerveillement.

Quand les dernières balises reviennent à Pavilly

Dimanche 26 juillet, à Pavilly, l’attente touche enfin à sa fin. Depuis plusieurs jours, les téléphones vibrent au rythme des positions envoyées par les balises GPS. À midi, le message tombe : les deux derniers finishers se trouvent à une vingtaine de kilomètres de La Bouille. Ils devraient arriver dans l’après-midi. Puis l’alerte se précise : cinq minutes.

À cet instant, les chiffres n’ont presque plus d’importance. Les kilomètres, les cols et les heures s’effacent derrière deux silhouettes qui approchent du terme de leur voyage. Laurent et Daniel sont les derniers participants encore en route. Lorsqu’ils franchissent à leur tour la ligne symbolique de l’Hannibal Rider, les félicitations se succèdent : « Bravo Laurent, bravo Daniel », « Sacrés courageux », « Respect à vous deux ».

La fatigue est immense, mais les mots prononcés quelques heures plus tard ne parlent pas de douleur ou de performance. Ils parlent d’abord de rencontres. Patrick, concepteur et coordinateur du parcours, est remercié avec humour — les participants reconnaissent avoir parfois « pesté » contre ses traces — mais aussi pour avoir imaginé une épreuve qui « mériterait un peu plus de visibilité ». Le club de Pavilly et tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à la réussite de ce raid sont également salués.

« Hannibal Rider a été pour moi une expérience riche en rencontres et en émotions. » — Daniel

Cette singularité résume l’Hannibal Rider. On y vient pour parcourir 2 500 kilomètres. On en repart avec des visages, des prénoms et le souvenir d’une aventure vécue collectivement, même lorsque chacun pédale à son propre rythme.

Onze traces pour relier la Normandie à l’Italie

L’Hannibal Rider ne se résume pas à une longue boucle dessinée sur une carte. Le parcours de la troisième édition est divisé en onze traces officielles. Il quitte le siège de l’Amicale Cyclotouriste Pavillaise, traverse la France, franchit les Alpes, bascule en Italie, puis revient vers la Normandie.

Les participants doivent parcourir environ 2 500 kilomètres, gravir près de 40 000 mètres de dénivelé positif et franchir une cinquantaine de cols. Le délai initial est fixé à 350 heures mais face à la canicule de la première partie de l’épreuve, l’organisation décidera d’ajouter vingt-quatre heures, portant l’échéance au dimanche 26 juillet au soir.

Les premiers kilomètres conduisent les cyclistes loin des grands axes, entre petites routes et sections non goudronnées. Après la Normandie et le contournement de la région parisienne, la Bourgogne apparaît avec Vézelay, Autun, Brancion et Tournus. Puis le relief se redresse franchement : Nantua, le Grand Colombier, le col des Glières, les Saisies, le col du Pré, le Cormet de Roselend, Bourg-Saint-Maurice, Val-d’Isère et l’Iseran.

Au-delà du Mont-Cenis, l’Italie ouvre un autre chapitre. Le Colle delle Finestre et l’Assietta imposent leurs pistes d’altitude, leurs pierres, leurs lacets et leurs longues portions où rouler devient parfois impossible. Le retour en France s’effectue notamment par le secteur de Bardonecchia, le col de l’Échelle et la vallée de la Clarée, avant Briançon et de nouveaux massifs.

Le Plateau d’Emparis, le col de Sarenne, le Dévoluy, le Vercors, le col du Rousset et la route de Combe Laval prolongent l’aventure. Ensuite viennent le Pilat, la vallée de la Loire, Nevers, Gien, la Sologne, la Beauce et le retour en Normandie. Le bac de La Bouille, sur la Seine, constitue l’un des derniers passages marquants avant Pavilly.

Le nom « Hannibal Rider » donne le ton : franchir les Alpes, atteindre l’Italie, puis revenir au point de départ. Mais l’épreuve ne recherche pas seulement l’accumulation des difficultés. Elle propose une traversée de territoires, une succession de paysages et une expérience d’autonomie où chaque décision a son importance.

Une aventure conçue par des passionnés de la longue distance

Les documents de cette troisième édition ne relatent pas dans le détail la toute première conversation qui donna naissance à l’Hannibal Rider. Ils montrent néanmoins clairement l’ambition qui anime le projet : proposer un brevet hors norme, capable d’associer la longue distance, la montagne, la découverte et l’autonomie.

À Pavilly, la longue distance appartient déjà à la culture du club. L’Amicale organise des brevets et accompagne des cyclotouristes habitués à gérer les kilomètres, la nuit, le sommeil, la météo et les imprévus. Le club compte de nombreux  Diagonalistes et bon nombre de lauréats du Paris-Brest-Paris. L’Hannibal Rider pousse cette expérience beaucoup plus loin.

Patrick apparaît comme l’architecte opérationnel de l’épreuve. Avant le départ, il transmet les onze traces, le tutoriel des balises GPS et le lien permettant aux proches et aux membres du club de suivre les participants. Pendant le brevet, il reste attentif aux positions et aux messages, répond aux questions et propose des variantes lorsqu’un passage devient dangereux ou impraticable.

Le parcours n’est donc pas figé au point d’ignorer la réalité. Lorsque la D39, près de Nantua, se révèle toujours fermée à cause d’éboulis et d’un effondrement partiel de la chaussée, l’organisation transmet immédiatement un itinéraire alternatif aux cyclistes encore en approche. Plus loin, un pont fermé impose une nouvelle adaptation après le col des Saisies.

Cette vigilance ne retire rien à l’autonomie des participants. Chacun reste responsable de sa progression, de ses arrêts, de son alimentation, de son matériel et de son repos. Mais derrière cette liberté demeure une présence discrète : celle d’un club qui suit, conseille, alerte et attend.

Avant le grand départ, le temps de l’accueil

La veille du départ, l’Hannibal Rider commence déjà autour d’une table. Le vendredi 10 juillet, les participants disponibles sont accueillis au local de l’ACP, rue Maurice-Genevoix, à Pavilly. La première partie de la rencontre est consacrée aux vérifications et aux consignes : licences, plaques de cadre, balises GPS, informations de sécurité et dernières réponses aux questions éventuelles.

Les échanges témoignent de préoccupations très concrètes. Combien de batteries externes faut-il emporter ? Comment alimenter le compteur et le téléphone pendant plusieurs jours ? Les lumières fonctionnent-elles correctement ? Les catadioptres sont-ils présents ? La sonnette est-elle installée ?…

Puis vient le temps du repas champêtre et de la convivialité. Des membres du club ont apporté une tonnelle, un parasol, des tables et de quoi partager un moment simple avec les participants. Le soir même, plusieurs messages saluent chaleureusement « le club de Pavilly pour ce bon repas champêtre » et la qualité de l’accueil.

Ce moment ne constitue pas un supplément folklorique ajouté à l’épreuve. Il en est l’une des fondations. Avant d’envoyer neuf personnes sur les routes de France et d’Italie, le club prend le temps de créer un groupe, une ambiance, de mettre des visages sur des numéros de plaques et de rappeler que, derrière les traces numériques, il y aura toujours des femmes et des hommes.

Initialement, onze participants étaient annoncés. Ils seront finalement neuf à quitter Pavilly, dont Margot, licenciée à l’UC Buchy et seule femme engagée sur cette troisième édition. Une présence féminine particulièrement symbolique dans une discipline où la Fédération souhaite encourager davantage de pratiquantes. En raison de la chaleur prévue, l’accueil du samedi est avancé à 6 heures et le départ à 7 heures. Julien s’élancera un peu plus tard, vers 8 heures. La troisième édition peut commencer.

 

La chaleur comme premier adversaire

Les jours précédant le départ, la canicule occupe tous les écrans et toutes les conversations. Certains participants, déjà en route vers Pavilly, constatent qu’entre midi et 18 h le rendement s’effondre. La stratégie qui s’impose est claire : partir tôt, s’arrêter pendant les heures les plus chaudes, puis reprendre en soirée ou de nuit.

Le dimanche 12 juillet, au deuxième jour du brevet, un participant annonce 41°C. Manuel et Miguel décident de s’arrêter pour dormir pendant les heures les plus chaudes. « Et après, c’est la remontada », plaisante Manuel. La formule fait sourire, mais la décision est sérieuse. À cette température, avancer à tout prix serait dangereux pour la santé et n’aurait plus grand sens.

Le soir suivant, Patrick officialise une prolongation de vingt-quatre heures. Le délai est repoussé au dimanche 26 juillet à 21 h afin que les participants puissent continuer à neutraliser les après-midis les plus dangereux. Le défi reste immense, mais le respect du corps et la sécurité priment sur l’obsession du chronomètre.

La route impose néanmoins trois arrêts définitifs. Patrice doit renoncer à cause d’une tendinite au genou. Éric, blessé après une collision avec un sanglier, tente de repartir avant de constater qu’il ne peut plus tenir le rythme nécessaire. Un second Éric est stoppé à Briançon par la casse de sa patte de dérailleur. Trois décisions difficiles, prises sans effacer le courage déjà déployé : sur une épreuve de cette dimension, savoir s’arrêter peut aussi relever de la responsabilité.

De pèlerins à « Hannibalistes »

Pendant ce temps, les autres poursuivent leur voyage. À Vézelay, les cyclistes cherchent les points d’eau et les lieux où remplir leurs bidons. Dans la montée d’Autun, un cimetière devient une halte providentielle : on y trouve de l’eau et des toilettes, au prix d’une nouvelle pente difficile. Les participants partagent les bonnes adresses, les positions des fontaines et les informations utiles à ceux qui suivent.

L’entraide se construit ainsi, par petites touches. Une localisation envoyée dans le groupe peut éviter à un autre de manquer d’eau. Une information sur un magasin de cycles peut sauver une roue. Un conseil sur la pression des pneus peut transformer un chemin infernal en piste presque praticable.

Puis viennent les Alpes. Le Grand Colombier ouvre les hostilités. Au col des Glières, il faut prendre son temps. Après la canicule, la pluie s’invite brusquement. « Après la canicule, il tombe des cordes, sympa », ironise Laurent.

Aux Saisies et au col du Pré, les jambes commencent à protester. La remontée vers Val-d’Isère surprend même les plus expérimentés. Tandis que Miguel partage au fil des étapes de nombreuses images des cols et des paysages traversés, les messages disent aussi la fatigue qui s’installe : il reste parfois encore mille mètres de dénivelé à absorber avant le prochain repos.

Au sommet de l’Iseran, 2 764 m, la température chute. Les participants plaisantent sur la climatisation réglée beaucoup trop bas. Mais le contraste est saisissant : en quelques jours, ils sont passés des 41 °C de la Bourgogne à l’humidité et au froid des grands cols. Patrick leur rappelle alors un point essentiel : vérifier le système de freinage, plaquettes ou patins. Les montées occupent les esprits, mais les longues descentes sollicitent tout autant les machines.

Après le Mont-Cenis, les premiers messages envoyés d’Italie mêlent enthousiasme et épuisement. Les paysages émerveillent. Les lacets semblent infinis. Les glaces italiennes offrent une récompense bienvenue. Puis le parcours se durcit encore.

Une portion de gravel oblige certains à pousser leur vélo pendant près de huit kilomètres. La fatigue parle, tout comme le décalage entre une trace séduisante sur un écran et sa réalité, vélo chargé, après plusieurs centaines de kilomètres.

« On était des riders, maintenant on est Hannibal ! » — Julien

Arrivé à l’entrée de la section difficile, l’un des participants envisage d’abord de la franchir à la frontale. Les autres le mettent en garde. Après réflexion, il choisit de dormir sur place et de repartir tôt le lendemain. Encore une fois, la prudence n’est pas l’opposé de l’aventure. Elle en garantit la continuité.

Quand les vélos souffrent autant que les corps

Dans les pistes italiennes, les organismes ne sont pas les seuls à atteindre leurs limites. Julien casse deux rayons. Il cherche un atelier à Sestrière, puis à Montgenèvre, sans trouver immédiatement un professionnel capable de réparer sa roue arrière. Il finit par rejoindre Briançon, où une solution lui permet de reprendre le parcours.

D’autres crevaisons surviennent. Des cales s’usent. Les freins doivent être surveillés. Les balises GPS réclament elles aussi leur ration d’électricité. Dès la première journée, l’une d’elles est déjà à recharger.

En longue distance, chaque cycliste doit trouver le juste équilibre entre ce qu’il doit emporter et le poids qu’il peut raisonnablement transporter. Chaque sacoche doit contenir suffisamment, sans contenir trop. Il faut prévoir les vêtements, les outils, les batteries, l’éclairage, le nécessaire de couchage et les pièces susceptibles de casser. Mais aucune préparation ne permet d’anticiper tous les événements. Pour sa troisième participation, Éric, membre de l’Amicale, s’en veut encore de ne pas avoir pensé à emporter une patte de dérailleur de rechange et d’avoir dû abandonner pour raison mécanique.

Le 23 juillet, à l’approche du retour, Julien annonce un nouveau rayon cassé. Le lendemain soir, deux rayons voisins lâchent encore. La roue est tellement voilée que les colliers de fortune ne suffisent plus. Il avance à vitesse réduite vers La Loupe, à la recherche d’un réparateur. Le samedi matin, une réparation provisoire lui permet de repartir.

« Le matériel souffre autant que les bonhommes ! » — Julien

Quelques heures plus tard, Julien annonce son arrivée prochaine. Vers 19 h, il rejoint enfin Pavilly. Les messages saluent son courage et sa capacité à poursuivre malgré l’accumulation des ennuis mécaniques. Il rentrera ensuite à Marseille, avant de reprendre dès le lundi « la vie normale ».

La beauté, malgré tout

Réduire l’Hannibal Rider à une succession de difficultés serait pourtant trahir ce qu’en disent les participants. Ils photographient les basiliques à l’aube, les lacs alpins, les vallées, les cols, les pistes italiennes et les longues routes désertes. Ils se baignent dans l’Ain pour échapper à la chaleur. Ils dorment sous la tente, dans des campings municipaux ou dans des abris qu’ils surnomment leurs « hôtels cinq étoiles ».

Ils partagent des petits-déjeuners improvisés, des repas tirés des sacoches et quelques bières justifiées par le 14 Juillet, l’arrivée au camping ou le besoin de célébrer un col de plus.

Le parcours leur réserve aussi des situations inattendues. Au col de Sarenne, Julien et Margot sont immobilisés en même temps que Laurent et Daniel par un arrêté lié au passage d’une cyclosportive. L’un des quatre se trouve à seulement quatre kilomètres du sommet lorsqu’une gendarme lui demande de s’arrêter. Cette pause forcée devient à la fois un temps de repos et un moment de rencontre : les quatre cyclotouristes bavardent, apprennent à mieux se connaître, puis reprennent la montée.

Sur la route du retour, les reliefs s’espacent enfin. Les 2 000 kilomètres sont célébrés en photo. Au-dessus de Sancerre, un nouveau bivouac s’installe. Le vent remplace progressivement la montagne comme adversaire. À mesure que Pavilly se rapproche, une tension nouvelle apparaît. Les jambes sont usées, les vélos fragilisés, mais la possibilité d’aller au bout devient concrète.

« Dernière ligne droite. Go, go, go. » — Manuel

Six arrivées, une même reconnaissance

Miguel et Manuel sont les premiers à revenir à Pavilly. Miguel représente lui aussi l’Amicale sur cette troisième édition, après l’abandon mécanique d’Éric ; Manuel vient de l’Eure. Après avoir partagé une large partie du parcours, les deux hommes franchissent ensemble la ligne symbolique le vendredi matin, après environ 320 heures d’aventure. Leur arrivée commune dit aussi la force des duos qui se forment sur la route : avancer chacun avec ses ressources, mais savoir rester ensemble lorsque cela compte.

Quelques heures plus tard, Margot rejoint à son tour le local. Licenciée à l’UC Buchy, elle est la première féminine à terminer cette édition. Les messages soulignent son allure durant les derniers kilomètres et sa capacité à résister à la chaleur. À l’arrivée, son verdict tient en une invitation à recommencer : « C’est à refaire ! Surtout la partie alpine, en France et en Italie ! »

Le samedi, Julien clôt son parcours malgré ses rayons cassés et ses réparations successives. Enfin, le dimanche, Laurent, licencié au Barentin Cyclo Sport, et Daniel, venu d’Auch, mettent un point final au brevet. Six des neuf partants ont donc terminé dans le délai prolongé pour raisons de sécurité.

Dans les messages, les participants se félicitent mutuellement. Ils remercient ceux qui ont partagé un bout de route, donné une information ou simplement envoyé un encouragement. Personne n’est réduit à un classement : chacun a porté une part de l’aventure.

Laurent rend un hommage appuyé à Daniel, son compagnon de route, âgé de 71 ans : « Abnégation, courage et sourire. » L’intéressé refuse toute hiérarchie : « Je n’ai pas plus de mérite que vous. L’âge est dans la tête et, lorsque la motivation est là, rien ne peut modifier le but que l’on se fixe. »

Avant même l’Hannibal Rider, Daniel avait rejoint Pavilly à vélo depuis Auch. Après l’arrivée, son programme prévoyait encore un retour d’environ 1 100 kilomètres en sept jours. Non pour ajouter un exploit à l’exploit, mais simplement parce qu’il l’avait décidé avant de quitter son domicile.

Les bénévoles, cette présence qui ne figure pas sur la trace

Pendant que les cyclistes parcourent la France et l’Italie, les bénévoles de l’Amicale restent à Pavilly. Ils ne franchissent pas les cols à la place des participants. Ils n’effectuent pas les réparations au bord des pistes italiennes. Mais ils rendent l’aventure possible.

Avant le départ, ils préparent le local, le matériel, les plaques, les balises GPS et le moment convivial. Pendant l’épreuve, ils suivent la position transmise par les balises GPS des cyclos, relaient les nouvelles et répondent aux inquiétudes, y compris les amicalistes partis en vacances qui suivent l’Hannibal Rider autant que le Tour de France. Lorsqu’un cycliste revient chercher son véhicule, quelqu’un se rend disponible pour l’accueillir et ouvrir les installations.

Au fil des arrivées, il faut également être prêt à des horaires très différents. Patrick annonce l’approche des participants. Les membres du club s’organisent pour être présents. Certains arrivent le matin, d’autres tard le soir ou le dimanche après-midi.

L’accueil dépasse parfois le cadre de l’organisation. Jean-Paul et Isabelle hébergent l’un des participants lors de son arrivée à Pavilly, puis à son retour du raid. Il dira qu’ils ont été « aux petits soins » pour lui.

« Le club de Pavilly a, semble-t-il, une bonne réputation de convivialité, et elle n’est pas usurpée. » — Daniel

Pour une association, il existe peu de récompenses plus fortes qu’une telle phrase.

L’esprit FFVélo, grandeur nature

L’Hannibal Rider concentre plusieurs dimensions essentielles du cyclotourisme. L’autonomie s’exprime dans le choix des horaires, des lieux de repos, des repas et des solutions mécaniques. La découverte apparaît à chaque changement de paysage, des routes bourguignonnes aux pistes de l’Assietta. Le dépassement de soi se mesure moins à la vitesse qu’à la capacité de repartir après une nuit courte, une crevaison ou un col interminable.

La solidarité circule par les messages, les positions de fontaines, les conseils techniques et les encouragements. La sécurité demeure présente dans les décisions de l’organisation, qu’il s’agisse d’avancer le départ, de modifier une trace dangereuse ou d’accorder un délai supplémentaire face à la canicule.

Enfin, la convivialité relie tout le reste. Elle précède le départ, accompagne l’épreuve et accueille les retours. L’Hannibal Rider n’est pas une course. Les participants ne cherchent pas à éliminer leurs adversaires. Ils avancent seuls, en duo ou par petits groupes, se dépassent parfois, se retrouvent plus loin et continuent à s’écrire. La réussite de l’un nourrit le courage des autres.

Et déjà l’idée d’une quatrième édition

Après les dernières arrivées, la conversation ne se ferme pas. Elle continue avec les remerciements, les nouvelles du retour, la reprise du travail et les questions administratives. Un numéro de brevet doit être attribué par l’Audax Club Parisien et une médaille est annoncée.

La quatrième édition n’est pas encore décrite dans les documents disponibles. Pourtant, son nom apparaît déjà dans les encouragements adressés à ceux qui n’ont pas pu aller au bout : rendez-vous au départ de la prochaine.

Pour l’Amicale Cyclotouriste Pavillaise, l’enjeu sera de conserver ce qui fait la force de l’Hannibal Rider : un parcours exceptionnel, une organisation attentive, une véritable autonomie et un accueil profondément humain. Il faudra aussi faire connaître davantage cette épreuve singulière, sans lui faire perdre son âme.

Car l’Hannibal Rider ne promet pas une aventure confortable. Il promet mieux : une aventure sincère. Une aventure où l’on peste contre la trace avant de remercier celui qui l’a dessinée. Où l’on pousse son vélo en Italie avant de s’émerveiller devant la vallée suivante. Où l’on croit partir pour 2 500 kilomètres et où l’on découvre, à l’arrivée, que la plus grande distance parcourue est peut-être celle qui sépare l’inconnu de l’ami.

Texte et photos : Richard Lehaut, président de l’Amicale Cyclotouriste Pavillaise